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C'est d'abord parce qu'il est un gagman extraordinaire que Tex Avery peut se permettre cette élévation du rythme. Prenant le parti de pousser à l'extrême la plupart des situations traditionnelles du cartoon hollywoodien, il construit ses films selon le principe que tout peut arriver, et très vite.... Toujours inscrit dans une véritable histoire, du moins jusqu'à la fin des années 40, le crescendo des gags ne laisse aucune chance au spectateur, dont l'attention est prise au piège dès les premiers plans. La bande son participe à ce rapt : fermez les yeux pour l'écouter et laissez votre imagination vagabonder. Voilà, vous y êtes, c'est toujours déjà du Tex Avery.

Le génie d'Avery, c'est également d'avoir rendu explicite un certain nombre de choses sur la nature humaine. Il se situe, bien évidemment, à l'opposé de la production Disney, bon enfant et déjà moralisatrice, et bien au-delà des transgressions des autres studios.

Dans le monde infernal de Tex Avery, les personnages des contes en ont assez de jouer toujours le même rôle. Ils prennent à témoin les spectateurs, sûrement aussi las qu'eux de toutes ces niaiseries. Avery ne souhaite pas éveiller l'enfant qui sommeillerait dans chaque adulte. Il préfère s'adresser à cette part obscure que nous portons tous en nous, à notre goût pour la violence et pour le sexe.



juniorS'adressant à un public adulte, certains films d'Avery vont être de véritables cauchemars mis en gags. Dumb-Hounded ressemble à ces rêves où vous souhaitez fuir sans jamais y parvenir. Dans The Cat That Hated People, le chat est la victime d'objets familiers métamorphosés en outils de torture à la volonté indépendante et sadique. Dans The Cuckoo Clock, un chat va être rendu fou par la présence d'un coucou orange complètement dingue. Sans oublier le bruit, qui incite Spike au meurtre dans Cock-A-Doodle Dog.

Si, cinquante ans après leur création, les cartoons de Tex Avery fascinent toujours autant les spectateurs, c'est non seulement du fait de l'intelligence de leur humour et de leurs exceptionnelles qualités artistiques et techniques, mais également par la permanence des thèmes qu'ils abordent.

Chacun a pu vivre au moins une fois dans sa vie cet état amoureux qui, tel le loup, nous transforme de bête séducteur en bête féroce. Les métamorphoses du loup quand il voit la girl sont célèbres, presque passées dans le langage courant tellement elles sont proches de ce que nous pouvons parfois ressentir. Peu de gens par contre s'intéressent à la dernière métamorphose du loup, pourtant la plus instructive qui soit : lorsque nous désirons pour nous seuls le fruit de notre passion, nous en devenons méchants, agressifs, violents, prêts à tout pour ravir aux autres ce que nous désirons. C'est ce que montre Tex Avery, et ce qui était valable en 1945 l'est tout autant à la fin de ce millénaire.

george
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