Ce qui surprend le plus
dans la série des Squirrel, c'est la rapidité de l'action,
servie par une animation absolument géniale. Dans les premiers
films d'Avery pour la M.G.M. (tels Early Bird Dood it, Dumb
Hounded ou What's Buzzin' Buzzard), ce rythme
trépidant et cette animation parfaite était flagrants. Mais, avec
le Squirrel, cela devient paroxystique.
L'enchaînement des affrontements entre l'écureuil et le chien se
fait à une vitesse étourdissante, aggravant si besoin en était la
violence des gags. Si bien qu'il faut souvent désamorcer cette
violence par des gags permettant au spectateur de reprendre son
souffle.
On verra donc le Squirrel et Meathead s'offrir une pause Coo-Coo
Cola, Lenny et l'écureuil s'arrêter brusquement au coup de sirène
pour prendre leur repas ou bien Meathead se débarrasser d'un
deuxième écureuil en excédent, parce que "c'est déjà bien
assez compliqué avec un seul..."
Il y a un point très important dans la thématique de la violence
telle qu'elle est traitée par Avery dans la série du Squirrel:
l'identité fondamentale entre l'écureuil et le chien. Dans le
premier épisode, Screwy Squirrel nous apprend qu'il a pu
échapper au chien parce qu'en fait, il y avait deux
écureuils. Meathead lui avoue alors que lui aussi avait un jumeau et
le cartoon se termine sur la symétrie inverse parfaite des deux
couples, qui vont finir par retourner leurs forces contre Sammy
l'écureuil. Dans Happy-Go-Nutty, le Squirrel se prend au
départ pour Napoléon. A la fin du cartoon, Meathead déclare que
c'est impossible, puisque Napoléon, c'est lui. Enfin, dans The
Screwy Truant, le chien est contaminé par la rougeole qui
avait détourné l'écureuil du chemin de l'école. Les familiers des
actuelles recherches sur la nature de la violence ne seront pas
dépaysés par de telles fins.
Screwy Squirrel ne peut prospérer que face à la violence, réelle
ou supposée, de ses adversaires, tout en les contaminant par la
sienne propre, elle-même entretenue par celle de l'autre. Ceci
explique le crescendo, dans l'animation et le sadisme,
adopté dans chaque film. Ceci justifie également la mort du
Squirrel à la fin de Lonesome Lenny. C'est le trop-plein
d'amour du gros Lenny pour son copain et non un acte
violent, à sa mesure, qui aura raison de l'écureuil.
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