(Si vous souhaitez prendre connaissance d'un résumé de la nouvelle et du film.)
A première vue, nous sommes face à la même histoire. Je voudrais
montrer que les trois changements majeurs apportés à la nouvelle de
Philip K. Dick modifient totalement la nature de son récit et donc
celle de sa réflexion sur le monde. Dick écrivit cette nouvelle
(Second variety) en 1953, soit en pleine guerre froide, alors
que la violence destructrice des armes thermonucléaires menaçait le
monde entier. Sa nouvelle s'inscrit comme une profonde réflexion sur la
violence humaine qui renvoie dos à dos américains et soviétiques.
(Dé) Localisation de la violence :
L'action de la nouvelle se passe sur la Terre, c'est-à-dire qu'elle
fait référence à une possibilité de conflit dont on ne peut s'échapper
(à part les exilés sur la Lune, mais pas pour longtemps), contrairement
au film qui situe l'opposition armée sur une planète éloignée. Ce point
a-t-il réellement de l'importance ? Je crois que oui, car Philip K.
Dick ne se prive jamais de nous envoyer dans d'autres mondes lorsque
son récit l'exige.
Ici, comme dans d'autres nouvelles écrites dans la même période (par
exemple
The Defenders de janvier 1953), il est indispensable que
l'action se passe sur une Terre dévastée par la violence humaine. Dick
décrit l'extrème précarité des rares exilés sur la Lune - ce n'est pas
là qu'une nouvelle vie débutera . Nous sommes donc dans une écriture
apocalyptique, assez conforme à la peur générale de cette période, très
certainement renforcée par les tendances paranoïaques que tous
s'accordent à reconnaître à l'auteur d'
Ubik. Cela étant, ceci ne
diminue en rien la
perception particulière du conflit dont veut
nous entretenir Dick, et surtout le souci qu'il a de placer son récit
dans le champ géographique
clos de la Terre.
Quand le film déplace le lieu de l'action sur une planète lointaine, il
localise le déchaînement de violence auquel nous allons assister dans
un
ailleurs spatial et temporel rassurant, puisque extérieur à
la communauté physique des hommes, qui autre part vit normalement (sur
Terra d'abord et dans d'autres systèmes, puisque si les Terriens ont pu
coloniser cette lointaine planète, ils ont pu le faire pour
d'autres...). Ce déchaînement de violence réelle est expulsé vers
l'extérieur de la communauté des hommes et peut être vécu par le
spectateur comme un pur moment d'extériorité.