Violence objectale
Le film a besoin de justifier le conflit par la lutte pour
l'appropriation d'un objet, le minerai rare, qui polarise mimétiquement
les rivalités humaines jusqu'à ce que les combattants apprennent que
cet objet de lutte n'en est plus un (on en a trouvé autre part, si je
me souviens bien, et en abondance...). C'est uniquement quand il
apprend que le minerai n'est plus rare que le héros se décide à
répondre favorablement à une demande de négociation de la partie
adverse.
L'introduction du couple rareté - violence ne doit pas nous surprendre
car il est une constante sur laquelle repose toute la modernité
occidentale : si un bien est rare, la convoitise des hommes ne peut
qu'attiser leur violence pour se l'approprier. Le rôle de l'économie
serait donc de mettre à disposition toujours plus de biens pour réguler
la violence entre les hommes. On sait, depuis l'analyse de la rareté
faite par Dumouchel (
in L'Enfer des Choses, Le Seuil) que
celle-ci est, bien au contraire, une institution sociale totalement
ambivalente, qui ne provoque pas la violence mais qui
est la
violence et qu'elle est fondatrice au même titre que l'était le sacré
dans les sociétés précédentes nommées à tort
primitives. Mais
c'est la violence des hommes qui institue la rareté et non le
contraire.
Dick est donc beaucoup plus pénétrant dans sa compréhension de la
violence entre Américains et Soviétiques. Il n'y a aucun objet, autre
que le seul conflit des doubles violents :
"Comment cela avait-il commencé ? Par nécessité. L'Union
soviétique avait obtenu l'énorme succès initial qui est toujours
l'apanage de l'agresseur(...) La riposte n'avait naturellement pas
tardé".
L'auteur ne nous en dit pas plus sur l'origine du conflit, mais
nous pouvons peut-être interroger la nouvelle connexe
The
Defenders, déjà citée, pour en savoir un peu plus. L'humanité en
conflit, séparée également en deux camps, vit maintenant sous terre.
Elle a confié à des soldomates (robots) le soin de poursuivre et
éventuellement gagner la guerre. C'est un soldomate qui parle :
"Avant de poursuivre la guerre, il nous était nécessaire de
l'analyser afin de découvrir quel en était le but. C'est ce que nous
avons fait, et nous avons trouvé qu'elle n'avait aucun but. Excepté
en termes humains. Et même ceci n'est pas prouvé.
(...)
Il est nécessaire que la haine intérieure [interne à un groupe
humain] soit drainée vers l'extérieur, vers un groupe externe, de
telle façon que la culture survive à cette crise. Le résultat est la
guerre. La guerre est une absurdité pour un esprit logique. Mais, en
termes humains, elle joue un rôle vital. Et elle continuera d'exister
jusqu'à ce que l'homme soit assez grand pour ne pas connaître la
haine."
La haine, source de violence, est donc bien d'abord et uniquement
à l'intérieur d'une société. Elle est suffisante pour détruire celle-ci
sauf à s'en défausser sur un tiers extérieur afin de recréer
l'unanimité entre les groupes rivaux, L'absence d'objet dans la
problématique de
Second Variety est donc anticipée par
l'écriture de
The Defenders. Il n'y a dans la violence entre les
hommes que la violence des hommes.