Développement critique : La différence d'objet
Comme pour mon analyse de
L'Oeil du Loup, je suis
forcé de constater que les importantes modifications dans l'adaptation de
Second Variety
semblent préexistantes à toutes contraintes cinématographiques techniques. Il y a un parti pris
de lecture de la nouvelle, qui serait indécelable sans retour à l'original.
Je ne voudrais pas que mes lecteurs me prennent pour un monomaniaque de la violence, puisque je
protestais déjà de son effacement dans la critique que j'avais faite de l'adaptation de
L'Oeil
du Loup. Il se trouve qu'une partie de la recherche anthropologique actuelle met non
seulement celle-ci au coeur d'une morphogénèse conduisant de l'animal à l'homme, mais insiste
également sur la nécessité permanente qu'ont eue toutes les cultures d'effacer les traces de
cette violence fondatrice.
L'objet de
Second Variety est la violence humaine, génialement dépourvue par Dick de tous
les artifices qui la dissimulent généralement. De façon presque imperceptible, le film subvertit les vérités abordées par
la nouvelle pour conforter la vision traditionnelle de cette violence, toujours déjà donnée à elle-même par
l'humanité.
Concernant la délocalisation de l'action sur une planète éloignée, le lecteur pourra facilement
m'opposer que, depuis 1989, il est difficile de mettre en place un scénario portant sur une opposition entre deux blocs économico-militaires qui n'existent plus et que cette
délocalisation de l'action permet de conserver la vraisemblance de la nouvelle,
d'autant que Dick est surtout connu pour être un auteur de science-fiction.
On aura compris qu'il ne s'agit pas ici d'un simple changement de lieu, mais bien d'un changement de
sens. En expulsant la violence dans les confins galactiques, on en diminue le péril pour l'espèce humaine, d'autant que
le conflit est ramené à deux intervenants qui ne sont pas toute l'humanité. Cette
extériorisation est totalement
étrangère au propos de Dick.