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Il y a une certaine symétrie entre les histoires de Loup-bleu et d'Afrique. Si l'on
fait un instant abstraction du récit rapporté de Perdrix, les deux histoires s'articulent d'ailleurs
autour d'un évènement commun aux deux héros, que la structure imbriquée de l'adaptation ne permet
pas de préserver. Cet évènement sert de passerelle entre les deux histoires, entre le monde froid
du Grand-Nord et le monde chaud de l'Afrique jaune. Il termine la vie (libre) de Loup-Bleu et
fait débuter la vie (d'esclave) d'Afrique. Cet évènement, c'est une nuit, du feu, des hommes,
des fusils : c'est la violence des "invisibles"...
A mes yeux, l'idée force du conte, c'est l'identité commune des victimes dans une société dominée par la
violence des hommes, et la comparaison
"sous-jacente" des réponses qu'y apportent le loup, haine solitaire et inutile, et l'enfant, générosité et amour.
C'est leur histoire (on pourrait dire leur éducation) qui fonde la nature même de ces réponses.
Cette nuit de violence marque la fin de l'apprentissage à la vie de Loup-Bleu. Or, qu'a été
cette éducation, qui est le thème pratiquement unique développé par Pennac dans cette partie ? Une culture de la défiance,
de la crainte, de la peur, hors de la horde. Ce principe de survie conditionne tout le comportement de
Loup-bleu, incapable de communiquer avec l'Autre, s'il n'est de son sang (Perdrix elle-même fut difficilement
acceptée). Cette fermeture à l'Autre se confirmera de cage en cage : mépris mimétique homme-loup, peur
imbécile des enfants (le loup a-t-il encore peur de l'homme ?), en tous les cas incommunicablité
totale.
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Cette nuit de violence marque le début de l'apprentissage à la vie d'Afrique. Même s'il est
évident que l'existence auprès du marchand Toa ou du Roi n'est pas de tout repos, l'enfant s'éduque dans le grand
livre de la vie, au travers de contacts multiples et enrichissants, loin de la peur de l'Autre qui a
tant marqué le loup. Afrique n'a aucun préjugé (même la Hyène trouvera grâce à ses yeux),
et il traverse la vie en négligeant la noirceur de certaines personnes qu'il rencontre. Daniel Pennac
ne tombe jamais dans le misérabilisme pour décrire la vie d'Afrique, mais il est clair aussi que
celui-ci ne cesse d'être une victime que lors de sa rencontre avec le couple Bia ("P'pa Bia et
M'ma Bia soignèrent Afrique et le nourrirent. Ils ne lui posèrent aucune question. Ils ne l'obligèrent
pas à travailler"). Rappelons toutefois que la violence des "invisibles" les rattrapera tous les trois et les précipitera dans l'Autre
Monde.
Reste la rencontre entre ces deux "victimes" (qui ne sont d'ailleurs pas capables de se reconnaître comme telles
au premier abord). Loup-bleu réagira de façon graduelle, selon le seul mode qu'il connaisse, la
réaction violente : d'abord intrigué, puis irrité, et enfin acceptant le défi (c'est moi qui
souligne), qui n'existe que dans sa perception des choses.
On soulignera l'importance du sacrifice de lui-même qu'effectue alors le jeune garçon (je ne dévoile rien, et
pour les futurs spectateurs du film et pour les futurs lecteurs), mais il est à la hauteur des efforts
que doit faire le Loup pour s'extraire de l'attitude de méfiance et de haine qu'il a envers les hommes.
Afrique ne répond pas au défi par le défi, mais par l'amour et la générosité, seule façon d'accéder à
l'Autre. René Girard 2 serait ravi : L'Oeil du Loup, c'est le refus de la violence mimétique
comme mode ordinaire ou extraordinaire des relations interpersonnelles. Et la structure linéaire et continue du
récit du Loup prend une nouvelle importance : écouter l'Autre, jusqu'au bout de ce qu'il a à dire, c'est
la première leçon de tolérance que nous donne le garçon... |