Les livres de René Girard bénéficient d'une réédition permanente en format
poche et sont donc largement disponibles.
Le Bouc émissaire, Grasset, 1982
En étudiant les textes dits "de persécution", René Girard montre le lent travail de décomposition de la méconnaissance imputable selon lui à la révélation évangélique.
Dans ses premiers chapitres, c'est un ouvrage extrêmement polémique, où Girard répond à un certain nombre de critiques apparues à la lecture de
VS mais surtout de
DCC.
En cela,
Le Bouc émissaire qui, pour beaucoup, a été le point d'entrée dans l'œuvre de René Girard, me paraît être un livre susceptible de faire passer le lecteur à côté
de l'essentiel si l'on commence par lui. Ceci explique peut-être, en grande partie, l'orientation des intérêts et débats actuels vers la seule problématique évangélique, au détriment du travail théorique accompli dans
MRVR et
VS.
La Route antique des hommes pervers, Grasset, 1985
René Girard déconstruit l'histoire de Job telle qu'elle nous a été rapportée par la Bible. Sa
nouvelle lecture permet de mettre en lumière les composantes désormais classiques de la
crise sacrificielle et de la victime émissaire. L'histoire de Job est exemplaire car celui-ci, victime émissaire
dans une situation assez semblable à celle d'Œdipe, refuse d'épouser le discours de ses persécuteurs, brisant ainsi l'unanimité violente
indispensable à l'efficacité du mécanisme victimaire. Par la "réévaluation" de cette
figura Christi, incomprise dès l'origine par
des chercheurs qui sont une nouvelle fois malmenés par notre auteur, René Girard réaffirme la spécificité du message judéo-chrétien dans
ce nouvel affleurement d'un
Logos non violent, celui du Dieu des victimes.
Shakespeare : les feux de l'envie, Grasset, 1990
Dans le cas de Shakespeare, comme le note René Girard dès les premières pages de cet ouvrage, contentons-nous de suivre le poète.
Ce dernier a placé le désir
explicitement mimétique au cœur des
Deux gentilhommes de Vérone et
Le viol de Lucrèce, qui ouvrent cette incroyable lecture.
Dans la suite de son œuvre, Shakespeare aurait préféré dissimuler sa connaissance du désir médiatisé, la plaçant à un autre degré de lecture de ses pièces. C'est à cette lecture que
nous convie René Girard, renouant ainsi avec ses grandes analyses littéraires. C'est un livre... d'une élégance rare.
Quand ces choses commenceront, Arléa, 1994
Ce court livre d'entretiens n'apportera pas grand chose aux lecteurs assidus de l'oeuvre et il est à déconseiller comme
point de départ pour l'oeuvre de René Girard, même s'il se présente comme un excellent résumé.
Vous pourrez compléter cette bibliographie avec les derniers ouvrages édités (que je n'ai pas lu) sur le site de Jean-Paul Kornobis :
Site Violence & Sacré.
Autour de René Girard
L'enfer des choses Jean-Pierre Dupuy et Paul Dumouchel, Seuil, 1979
Je crois qu'il s'agit d'un livre aussi important que
MRVR ou
VS dans le sens où, pour la première fois, deux
auteurs, dont les approches et les champs d'intervention sont différents de ceux de Girard, font fonctionner l'hypothèse mimétique.
En investissant le champ de l'Économie, Dupuy et Dumouchel montrent l'efficacité et la pertinence de la seule hypothèse
du désir médiatisé. En analysant la
rareté comme médiation externe et violence se substituant au sacré, ils donnent une lecture de la modernité
tout en apportant une réponse concluante à une des difficultés majeures de
VS : comment notre monde moderne n'implose-t-il pas sous le coup des désirs concurrents généralisés ?
René Girard et le problème du mal, Grasset, 1982
Un ensemble de textes réunis par Jean-Pierre Dupuy et Michel Deguy qui apportent un éclairage souvent critique sur le travail de Girard.
L'introduction à
la lecture de René Girard de Christine Orsini est un petit chef d'œuvre dont l'émerveillement est contrebalancé par les
Onglets de lecture de Deguy qui
le suivent immédiatement. Passionnante également la contribution de Dupuy
Mimésis et morphogénèse qui tente de comprendre comment une hypothèse aussi simple est
capable d'engendrer la complexité.
Violence et vérité - Actes du colloque de Cerisy, Grasset, 1985
C'est un ouvrage passionnant, vivant, où ne manquent pas les contributions critiques qui permettent à René Girard de
préciser, à chaud et parfois sans y réussir, tel ou tel point de son cheminement intellectuel. La
contribution finale de Girard sur le
Dieu est mort... de Nietzsche nous rappelle à quel point notre auteur est un
lecteur
extraordinaire.
Toutefois,
Cerisy montre, à qui acceptera de le voir, les pièges, les limites et les impossibilités
des hypothèses girardiennes hors de la foi et dans une conception finalement très "catholique-romaine" du sacrifice. Ce que
notre auteur n'admettra malheureusement que vingt ans plus tard, du bout des lèvres et en faisant comme si cela ne remettait pas
en cause ses thèses. Dommage...